" Dire que la couleur est redevenue expressive, c'est faire son histoire. Pendant longtemps, elle ne fut qu'un complément du dessin. Raphaël, Mantegna ou Dürer, comme tous les peintres de la Renaissance, construisent par le dessin et ajoutent ensuite la couleur. Au contraire les Primitifs italiens et surtout les Orientaux avaient fait de la couleur un moyen d'expression... De Delacroix à Van Gogh et principalement à Gauguin en passant par les impressionnistes qui font du déblaiement et par Cézanne qui donne l'impulsion définitive et introduit les volumes colorés, on peut suivre cette réhabilitation du rôle de la couleur, la restitution de son pouvoir émotif."
Matisse (1945)

La gomme arabique servit dès l'Égypte ancienne pour la réalisation de détrempes. Certains auteurs lui attribuent cinq mille ans de bons et loyaux services.
Pourtant, au début de cet article, il n'est pas inutile de rappeler que ce liant n'est pas éternel. Des égyptologues ont vu des peintures murales s'effacer après qu'elles aient été soumises au jour et à l'air ambiant. Les conditions de conservation sont essentielles, il faut le souligner, et si une bonne gomme arabique est fiable, il ne faut pas s'attendre à ce qu'elle protége le pigment comme le feraient l'huile, l'acrylique ou certaines cires.
Elle est utilisée actuellement pour plusieurs procédés de peinture et de dessin :
* l'aquarelle, à bien distinguer des autres détrempes tant elle correspond à une technique artistique tout à fait à part. Elle est née à la fin du XVIIème sous l'impulsion du peintre anglais Paul Sandby et surtout de John Constable, qui laissa vingt mille aquarelles. Elle a progressivement détrôné lavis et autres détrempes.
* la mine sanguine classique (non la craie, le carré ou le crayon), qui est "aquarellable". Aucun rapport avec le "crayon aquarellable" moderne : une dilution plus lente est nécessaire. Elle doit avoir lieu hors du dessin/tableau car le temps d'imbibition est plus important (quelques minutes).
elle entrerait encore dans la composition de certaines encres.
* Elle a pratiquement disparu des gouaches.
La gomme arabique est également utilisée en cuisine et en confiserie (voir ci-dessous).
La gomme : provenance et particularités
Sauf culture acclimatée en serre, elle est actuellement récoltée au Sénégal et au Soudan - les sources anglo-saxonnes mentionnent aussi le Nigeria et l'Australie - sur des arbres de la famille des acacias (voir le morceau d'écorce resté collé sur un morceau, à droite sur la photo ci-contre). Sa teinte naturelle est un jaune plus ou moins pâle (d'autant plus pâle qu'elle serait de bonne qualité, disent certains, conseillant d'écarter tout morceau trop foncé).
Les gommes "Sénégal" seraient moins onéreuses, théoriquement réservées à la gouache, selon certaines sources (en fait, comme nous le disions, les gouaches actuelles ne contiennent plus de trace de gomme arabique, ce qui signifie que cette information n'est probablement plus valable). On mentionne aussi des lieux de fabrication dans le monde anglo-saxon, notamment en Australie. Selon d'autres sources, la gomme du Sénégal serait la meilleure. Nous avouons manquer d'informations sûres à ce sujet. La "Kordofan" serait la plus réputée.
Depuis l'aube des temps, c'est la géopolitique qui décide de l'approvisionnement. Le Soudan actuel, tout comme le royaume antique de Kerma, en guerre contre l'Egypte, n'offre pas plus aujourd'hui un contexte géopolitique favorable aux échanges commerciaux.
Une certitude se dégage cependant : la gomme arabique de la région est-africaine a fait ses preuves depuis des millénaires, les murs des tombeaux égyptiens en attestent.
Le diluant de cette gomme est l'eau, employée massivement, d'où les termes anglais et français "watercolor" et "aquarelle". Reprenant une vieille boutade, nous dirons que "l'aquarelle, c'est de l'eau améliorée". Ce qui caractérise ce liant, c'est effectivement son aptitude à remplir son rôle même lorsqu'il est fortement dilué.
La gomme arabique a parfois une très légère tendance à l'acidité. Elle n'est alors pas bénigne en tant qu'adjuvant à d'autres procédés (exemple : avec un mélange à la chaux ou à la caséine, ou simplement adjointe de glycérine, elle peut parfois provoquer des réactions chimiques). Testée au papier tournesol en solution à l'eau distillée (pH neutre), elle peut aussi révéler (bonne surprise !) une parfaite neutralité.
Elle ne trouve pas d'emploi dans des procédés tels que la peinture à l'huile ou à l'acrylique, semble-t-il. Par contre, depuis très longtemps, elle n'est pas inconnue des décorateurs.
La gomme arabique et la guimauve![]()
La véritable guimauve, celle que les marchands des fêtes foraines suspendaient, tiède, sur des pics métalliques rivés au plafond, n'existe plus depuis des décennies.
Pourquoi ?
Parce que son coût de fabrication était excessif.
Mais pourquoi l'était-il devenu ?
D'abord parce que la guimauve est une plante qu'il faut cueillir et traiter, ce qui a un prix, ensuite parce que la pâte de guimauve contient... de la gomme arabique.
Celle-ci était soudanaise. Or, pendant les années 70, la grande instabilité politique de la région, rendant ardu le maintien des échanges commerciaux, additionnée de sécheresses qui furent dévastatrices aussi pour les acacias, rendirent la gomme soudanaise indisponible, déclenchant l'abandon de la délicieuse guimauve.
Une aquarelle n'est pas une histoire, c'est la traduction d'une sensation, d'un souvenir, d'un état d'âme.
Les couleurs de l'aquarelle sont constituées d'un mélange de pigments broyés et de gomme arabique. On délaye ces couleurs dans de l'eau. On les étale ensuite au pinceau, en couches très légères, sur papier spécial aquarelle, dans une progression de la teinte la plus claire vers la teinte la plus foncée.
L'eau s'évaporant, la gomme arabique retient les pigments sur le papier. L'aquarelle donne des tons très transparent et fait appel à un jeu de transparences et de réserves qui nécessite une perception très précise des différents niveaux de couleurs.
Les aquarellistes clignent des yeux afin de mieux apprécier la succession des plans colorés.
L'esquisse au crayon, servant de guide à l'application, reste souvent visible sous le travail de l'artiste.
L'HISTOIRE DE L'AQUARELLE :
L'aquarelle vient de l'italien aquarello qui signifie : couleur détrempée.
C'est dans les grottes d'Altamira et de Lascaux, que cette technique, d'association de pigments et d'eau, extrêmement ancienne, se retrouve sur les premières expressions artistiques au temps de la Préhistoire.


Les Egyptiens découvrent le papyrus (Cyperus papirus). Ils se servent de l'écorce pour écrire et illustrer leurs textes. Ils emploient des couleurs transparentes provenant de pigments tirés de la terre (ocre et les Sienne), de minéraux (cinabre pour le rouge, de la poudre de gypse pour le blanc). Ces pigments sont liés avec de la gomme arabique et du blanc d'oeuf et sont dilués dans l'eau pour les appliquer sur les feuilles de papyrus.
Mille ans après, en 170 avant JC, on connaît les propriétés du parchemin. Fait en peau de chèvre ou de mouton tondu, on le traite à la chaux et on le lustre ensuite à la pierre ponce. Il sert à confectionner les codex et manuscrits. Eumène II, roi de Pergame, est un grand artisan de ce progrès technique.
Les miniatures (illustrations) accompagnant les textes sont peintes à base d'aquarelle mélangée à du blanc de céruse. Cela donne un résultat très semblable à ce que nous obtenons aujourd'hui avec de l'aquarelle opaque.
Sous Charlemagne, empereur des Carolingiens, au début du IXème siècle, son importance se développe. Elle se répand partout en Europe. Les artistes peintres alternent l'aquarelle transparente et l'aquarelle opaque dans leurs oeuvres. Elle est pratiquée par les enlumineurs ornant les espaces vierges des parchemins. Sa véritable autonomie, tardive, date du XVème siècle.
A cette époque, Dürer émerveille avec ses paysages et ses animaux peints à l'aquarelle. Des artistes, Antonio Pisanello et Pinturicchio, s'en servent dans leurs croquis en vue d'oeuvres futures. Hans Holbein et Lucas Cranach font des portraits et réalisent des cartons de vitraux à l'aide de cette technique. Mais elle est toujours considérée comme un art secondaire jusqu'au XVIIIème siècle, où les peintres l'utilisent comme médium principal dans leurs oeuvres. L'aquarelle ayant la fâcheuse tendance à se ternir, on lui ajoute de la résine d'acacia exotique, afin d'obtenir une meilleure solidité des pigments.
Repris par les artistes du romantisme français, elle est adoptée par de nombreux artistes qui, voyageant de plus en plus, l'utilisent pour des ébauches qui serviront à la création des huiles : Eugène Delacroix ; Honoré Daumier ; Dilon Redon ; Auguste Rodin ; Egon Schiele ; Paul Cézanne...
Son utilisation comme procédé de notation pour des études rapides sur le terrain, grâce à la petite dimension de son support, de son séchage rapide et de la légèreté du matériel aisément transportable, lui valent en effet toutes les faveurs, renforcé par de nouvelles découvertes de la chimie . Au XXème siècle, c'est l'Abstraction qui y trouve une technique adaptée à ses improvisations colorées : Wassily Kandinsky ; Paul Klee ; Mark Tobey ; Wolfgang Schulze dit Wols ; Camille Bryen ; Joseph Beuys...
la couleur selon Matisse
La couleur est un phénomène fascinant. La couleur "fait" votre vision. Si vous voyez un cube, c'est uniquement parce que sa couleur se détache de celle(s) du fond. Les frontières des objets, ce sont les différences de couleurs qui les créent. Quand vous dessinez au stylo noir un cube en traçant ses arêtes, vous faites une vue simplifiée, où chaque trait représente en fait les limites des faces, les endroits où il y a un changement de couleur. Mais l'objet réel, le "vrai" cube, n'a pas d'arêtes: vous différenciez ses faces parce que vous en percevez les différentes couleurs. Votre cerveau fait le reste. Un carré bleu, deux losanges plus clairs: il s'agit probablement d'un cube.
Et donc un cube parfaitement noir sur un fond parfaitement noir sera invisible. Même chose pour toute autre couleur que le noir (un cube bleu sur un fond du même bleu, etc). Bien sûr, ceci est théorique. Un cube peint d'un seul bleu ne nous paraît pas uniforme, car ses faces reçoivent la lumière sous des angles différents: certaines faces sont un peu dans l'ombre, d'autres face à la lumière... La couleur d'une surface dépend de la façon dont elle est éclairée, et de notre position d'observateur.
Un monde sans couleurs ne serait pas un monde de gris, ni un monde où les objets seraient comme dessinés au stylo noir. Un monde sans couleurs serait parfaitement invisible. Il n'aurait d'existence que sous nos doigts, ou via nos autres sens. La vision est la couleur.
Mais qu'est-ce que la couleur ?
Prenons la définition donnée par le petit Larousse: couleur: impression produite sur l'?il par les diverses radiations constitutives de la lumière
. Cette courte phrase montre clairement que pour pouvoir parler de couleur, il est nécessaire de comprendre ce qu'est la lumière et comment notre oeil il fonctionne.
Vous verrez ensuite un cas concret: l'observation de la tomate (une aventure).
L'erreur est humaine...
... et, hélas, la vision aussi. De fait, l'environnement influe énormément sur votre perception des couleurs. Votre cerveau les interprète en fonction du contexte. Dans le chapitre suivant, vous verrez pourquoi, dans un certain nombre de situations, une même couleur est perçue différemment.
En guise d'application, vous pourrez vous confronter à quelques illusions "chromatiques" qui, par rapport aux classiques illusions géométriques, sont assez peu connues, bien que tout aussi impressionnantes.
Pourquoi le ciel est bleu
Autour de nous, la couleur est omniprésente, et il est naturel de se poser des questions quant aux raisons pour lesquelles telle chose est de telle couleur. Une dernière rubrique tente donc d'apporter des réponses à ces interrogations.
Au-delà du graphisme propre, tout l'art de l'aquarelle réside dans le fusion et l'utilisation des couleurs. Lorsque que l'on débute, l'erreur est de se créer une palette comportant trop de couleur.
Avec une palette trop riche, on perdra très vite l'habitude de l’assortiment des pigments, pour puiser directement les couleurs brutes dans les godets. Ce qui d'une part, réduit le style et le plaisir de la pratique de l'aquarelle, et d'autre part, conduira à produire des oeuvres qui ressemblent à des sapins de noël.
Par contre, en se restreignant à une palette "limitée", les couleurs manquantes seront créées par mélange, et les oeuvres y gagneront en harmonie, toutes les teintes étant obtenues à partir des mêmes primaires. En peinture, ces couleurs primaires sont le bleu, le rouge et le jaune.
Avec ces trois couleurs primaires, on peut recréer par mélange pratiquement toutes les teintes. Néanmoins, pour ceux qui craindraient d'être trop limités, on peut doubler les primaires. C'est la méthode que j'ai adoptée.
Ma boite d'aquarelle comporte 2 bleus (bleu cérruléum et bleu outre mer), 2 rouges (carmin et vermillon) et 2 jaunes (jaune d'or et ocre jaune). J'ai en plus, rajouté un jaune de Naples, très pratique pour toutes les teintes de carnation.
Vous pouvez choisir ces couleurs à votre guise, l'important étant de ne pas en exagérer le nombre, et ainsi, de créer des oeuvres "feu d'artifice" sans aucune harmonie.

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Pinceaux: |
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Personnellement, j'en utilise trois: |
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Le fait d'utiliser des gros pinceaux privilégie la spontanéité, qualité qui fait souvent la beauté d'une aquarelle.
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Couleurs: |
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On remarquera que les trois couleurs primaires (rouge, jaune et bleu) sont doublées, ce qui donne un très grand éventail de teintes obtenues par mélanges.
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Les secrets de l'aquarelle est l'ouvrage qu'il vous faut si vous souhaitez cultiver vos aptitudes dans cet exigeant domaine de la peinture. Introduit dans leur atelier, vous êtes en présence de plusieurs des meilleurs aquarellistes contemporains. Chaque artiste vous montre comment il atteint la perfection dans ses aquarelles et vous explique en détail comment vous aussi pouvez y arriver. Christopher Schink fait du mélange des couleurs une opération simple et imaginative; Charles Reid vous décrit l'art de capter la vibration des couleurs et la fraîcheur des fleurs; avec Zoltan Szabo, vous découvrez les beautés de la nature et la manière de les faire vivre; John Blockley vous apprend à peindre de rudes paysages montagnards et des scènes campagnardes empreintes de sérénité; Richard Bolton vous montre comment reproduire les effets subtils de la patine du temps; quant à E. John Robinson, il vous communique l'art de reproduire dans une marine l'atmosphère et la puissance de l'océan.
Abondamment illustré en couleurs, Les secrets de l'aquarelle est divisé en huit chapitres qui couvrent l'art de l'aquarelle depuis votre palette de base jusqu'à la manière de transposer les textures les plus subtiles.
Six aquarellistes livrent leurs secrets pour guider l'apprenti, lui enseignant l'art de choisir et d'entretenir le matériel et l'équipement, la technique du pinceau, le mélange des couleurs, l'art du paysage, le traitement des textures, la peinture des fleurs et des marines.
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